L’arrondi à 5 cents ou quand l’autorité vient jouer les Don Quichotte dans votre point de vente

mise en place de l'arrondi
Nous voici au lendemain de l’entrée en vigueur de l’obligation de l’arrondi à 5 cents...

Presque 18 ans après l’introduction de l’Euro, nos autorités monétaires ont enfin compris que les pièces de 1 et 2 cents ne représentaient que des inconvénients : coûteuses à produire, coûteuses à manipuler, coûteuses (pour les commerçants) à rentrer à la banque, … Nous sommes en droit de nous demander aujourd’hui si la mise en circulation initiale de ces pièces était bien pertinente. Mais ça, c’est du passé.

Aujourd’hui, nos dirigeants entendent sonner le glas de la circulation de ces insignifiants morceaux de cuivre. Très bien. Une première tentative en 2014 sur base volontaire a donné peu de résultats. On enclenche donc la phase « coercitive ». C’est l’heure de placer le carcan réglementaire. Suffisamment étriqué pour que le Ministère des Affaires économiques doive modifier tous les 3 jours sa page de référence.

Rappelons ici qu’on est passé d’une recommandation :

 1 vente = 1 mode de paiement = 1 arrondi unique sur le total de la vente

à cette recommandation-ci : 

Avant chaque paiement, demandez d’abord à votre client le montant qu’il souhaite payer en utilisant un moyen de paiement dont le montant est fixe ou est imposé (par exemple, les chèques-repas, les éco-chèques, les bons cadeaux, etc.). Une fois ce montant payé, appliquez les principes de l’arrondi sur le solde du montant initial dû payé effectivement en espèces. 

Et une section « questions fréquemment posées » qui s’allonge indéfiniment.


Petit quizz

Un livreur de pizzas se rend chez vous et vous demande de payer 24,36€ pour la Quatre-saisons et la Margherita qu’il vous livre. Il dispose d’un terminal de paiement portable, mais vous choisissez de payer en cash. Faut-il arrondir ?

Réfléchissez-y… La réponse se trouve dans les articles VI.7/1 et VI.7/2 du Code de droit économique. 

livreur - chauffeur - la question de l'arrondi

Étonnamment, quand on interroge commerçants et consommateurs, tout le monde est persuadé qu’il va y perdre. Une belle unanimité qui révèle toutefois une profonde incohérence et un manque de compréhension de l’arrondi mis en place. Faites un effort, s’il vous plait…

Les montants terminant par 1, 2, 6 et 7 sont arrondis vers le bas. Ceux terminant par 3, 4, 8, 9 sont arrondi vers le haut.  Dès lors, il y aura autant d’arrondis vers le haut et vers le bas, donc personne n’y gagnera et personne ne perdra rien.
formule arrondi

Pour s’en rendre compte, nous avons fait l’exercice de collecter les données de 1.300.000 tickets de caisse trouvés dans les données Mercator de quelques clients.

Nous avons calculé l’arrondi prescrit et calculé la différence entre le montant « naturel » et le montant « arrondi ». La moyenne de cette différence s’élève à 0.0015529657682533441. Donc sur base d’un tel échantillon, pour qu’un client perde 1€, il faudrait qu’il ait reçu 837.107.956 tickets.


commerçant arrondi

Au-delà de cette problématique in fine économiquement insignifiante, se pose la question de l’image que le Législateur a de ses besogneux commerçants qui font tourner l’économie de la maison Belgique et qui, eux, ne sont jamais en « affaires courantes ».
Il a déterminé un algorithme de calcul : c’est clair pour tout le monde. Merci !  Mais toutes ces contraintes et conditions supplémentaires, qui s’apparentent sur le terrain à autant d’emberlificotements et entraves assez méchantes à la libre exécution de commerce, étaient-elles réellement nécessaires ?
Le « commerçant » est-il ce grand méchant loup qui attend chacun de ses clients avec son gourdin pour lui dérober ses pièces d’un et deux cents.

Triste vision…

Ce combat de nos dirigeants à l’encontre de leur propre Economie est parfaitement inutile.

Et alors, notre petit quizz ? 

Oui ? Non ? Pas si simple !
Si le livreur est également le vendeur, l'arrondi obligatoire est d'application si vous payez en espèces, parce que vous êtes « en présence du vendeur ». Par contre, si le chauffeur est un intermédiaire qui ne fait que livrer vos pizzas, alors l’arrondi ne s’applique pas.

Allez, surtout, mangez chaud…

pizza